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A la découverte des territoires ruraux en voiture électrique !

Clément Leroy, 26 ans, diplômé de psychologie cognitive et champion du monde de vélo sur place (en 2013) s’est lancé dans un projet original : découvrir les villages français et rencontrer leurs habitants. Avec son véhicule électrique et son vélo, il se déplace d’une commune à l’autre, toque à la porte du maire, d’un retraité, d’un jeune couple, dans l’espoir d’être hébergé pour la nuit. En échange, il propose d’exécuter un spectacle de vélo sur place, dans leur salon, autour d’un saucisson. Quelques semaines après son départ et après avoir parcouru une grande partie de la France et de ses campagnes, il nous livre son expérience.

Clément Leroy chez l'habitant, au Mans - Crédit  : Clément Leroy

Clément Leroy chez l’habitant, au Mans – Crédit : Clément Leroy

Tout d’abord, de quelle ville es-tu originaire ?

Je suis originaire de Châteaudun, une ville de près de 13 000 habitants, située dans le département de l’ Eure-et-Loir (28) et de l’actuelle région Centre.

Tu possèdes un diplôme de psychologue cogniticien : où as-tu réalisé tes études ?

La faculté de psychologie la plus proche se situait à 100 Km au Sud de ma ville natale, à Tours. A 18 ans, j’ai donc emménagé à Tours, où j’ai étudié pendant 4 ans. Par la suite, la spécialité pour devenir cogniticien étant uniquement enseignée à Dijon, j’ai dû m’y installer pour ma dernière année d’études afin d’obtenir mon diplôme.

Ton ambition étant de découvrir la France, quel est le profil des communes que tu visites ?

Mon objectif est de me rendre dans les communes au nom atypique, et beaucoup d’entre elles sont toutes petites. Mon record est un lieu-dit, de quatre maisons, contre près de 4 000 habitants, pour la plus grande commune visitée. Parmi les collectivités au nom insolite j’ai par exemple visité Lorgies, Y, Beuvry, Bibiche, La Tronche, Verges, Verrue ou encore La Conne.

Clément Leroy à Lorgies - Crédit : Clément Leroy

Clément Leroy à Lorgies – Crédit : Clément Leroy

Tu indiques sur ton site www.unvelodanslesalonplusunsaucisson.com ton souhait de parcourir la France, afin de découvrir ses habitants, «  parfois perdus dans la campagne, qui n’ont peut-être pas encore internet, et qui mangent encore le fruit de leurs cultures ». Que peux-tu nous dire sur la couverture internet des petites communes françaises à l’heure où le numérique semble une priorité pour le gouvernement ?

Je suis passé dans des territoires où il n’y avait aucune couverture internet (et parfois même de réseau téléphone!). J’ai par exemple dormi à Bézancourt, un village de 347 habitants en Seine-Maritime où je n’ai pas eu internet de la soirée, même sur mon smartphone !

Qu’en est-il des fruits et des légumes produits par les habitants eux-mêmes ?

J’ai eu la chance de dormir dans plusieurs familles qui produisent encore leurs propres produits : miel, légumes, œufs frais de leurs poules…

Quelle est la soirée chez l’habitant la plus insolite que tu ais passé ?

Il y en a plusieurs… Roland, 84 ans, à Bézancourt, m’a ouvert sa porte, non pas pour mon spectacle avec mon vélo, mais par humanisme, cela m’a touché. J’ai été hébergé dans un château, à Verges, en allant simplement frapper à la porte, incroyable ! J’ai aussi dormi dans des caravanes, notamment en Alsace, à La Petite-Pierre où la capacité de la maison ne permettait pas de m’accueillir ! D’ailleurs, dans ce même village, j’ai rencontré des passants qui m’ont invité à passer une nuit dans une cabane dans les arbres, à cinq mètres de hauteur, à Montjean-sur-Loire !

Au fil des kilomètres à travers la France, as-tu rencontré des élus ?

J’ai non seulement rencontré des élus mais j’ai aussi dormi chez eux ! En fait, dans les petites communes, il n’est pas difficile de frapper aux portes des maires. J’ai pu constaté qu’ils sont très à l’écoute et ouverts, notamment à des initiatives comme la mienne !

Clément Leroy dans la Mairie à Les Etilleux - Crédit : Clément Leroy

Clément Leroy dans la Mairie à Les Etilleux – Crédit : Clément Leroy

Les élus t’ont-ils fait part de problématiques particulières affectant leurs communes ?

La principale problématique est celle du financement, dont on connaît les causes et les conséquences. Dans les petites communes, j’ai rencontré des maires motivés, qui tentent de trouver des solutions et de nouvelles dynamiques pour leur collectivité. Preuve de leur esprit d’initiative, certains élus, comme les Maires de Bibiche ou de Verges, ont convié tout le village à mon spectacle à la Mairie ! Rares sont les maires qui s’investissent peu dans l’avenir de leur ville, se contentant simplement de toucher l’indemnité d’élu. Je n’ai en réalité rencontré qu’un maire comme cela ; il a d’ailleurs refusé de m’accueillir chez lui…

Que peux-tu nous dire du tissu économique local, dans les plus petites communes que tu as traversé ?

De manière générale, l’économie locale est très faible. Je pense que dans notre pays, principalement du fait du pouvoir d’achat, les français optent pour les grandes surfaces, quitte à faire quelques kilomètres de plus, au détriment des petits magasins et des épiceries locales. En Norvège, où j’ai aussi fait du porte à porte, les habitants sont davantage dans la logique de se rendre dans les commerces de proximité, pour pouvoir les aider, même s’ils sont plus chers que les grandes enseignes…

Les maires que tu as rencontré œuvrent-ils pour relancer l’économie locale ?

Comme je l’ai dit, les maires sont motivés, mais quelque peu pessimistes. Il leur est en effet difficile d’entreprendre de relancer l’économie de leur territoire en aidant l’ouverture de commerces tout en sachant que les perspectives de marché sont réduites et que la concurrence des grandes surfaces est importante.

As-tu constaté des besoins et des attentes particulières de la part des citoyens des petites collectivités ?

Actuellement, je pense que les gens choisissent un village à leur image. Je suis tombé à plusieurs reprises chez des habitants qui venaient d’emménager dans la commune, par choix, car la vie à la campagne, avec ses avantages et ses inconvénients, leur plaisait.

Tu te déplaces de ville en ville grâce à une voiture électrique. A l ‘heure de la « transition énergétique », que penses-tu de cette nouvelle solution de mobilité écologique pour la vie à la campagne ?

Je n’avais jamais roulé en voiture électrique jusqu’à la veille de mon départ où l’entreprise France Craft Automobiles, constructeur de voitures électriques est tombée amoureuse de mon projet et a décidé de me sponsoriser. 7 000 kilomètres plus tard, je suis conquis ! Pour la vie à la campagne, ces voitures sont parfaites ! Elles sont fiables, ne consomment pas d’essence (ce qui permet de faire des économies : 1€ d’essence pour 20km contre 0,10€ d’électricité) et ne polluent pas ! Avec une autonomie de près de 120km pour 8 heures de charge, ces véhicules électriques répondent amplement aux besoins de mobilité des ruraux pour leurs petits trajets quotidiens. J’ai également pu constater que ces voitures favorisent l’entraide et la création d’un lien social dans les territoires ruraux : quand tu n’as plus de batterie, tu t’arrêtes chez l’habitant ou le commerçant, qui te propose généreusement de charger ta voiture pendant que tu échanges avec lui !

Ton amour pour la France est certain : que penses tu du « Made In France » ?

J’aime la France et je suis un fervent défenseur de son économie, donc du « Made In France ». D’ailleurs, je développe des partenariats avec des entreprises 100 % françaises. France Craft Automobiles, l’entreprise qui a conçu ma voiture électrique et  qui l’un de mes principaux sponsors produit ses véhicules à Grigny. D’autres partenaires partagent ces valeurs du 100 % français, comme Obo Relax Drink, mon fournisseur de boisson, xxcycle.fr, le fabriquant de mon vélo, ou encore l’entreprise Lafitte, qui m’a fourni ma tenue de cycliste aux couleurs de la France !

Clément Leroy, dans l'entreprise Harmon à Arrou - Crédit : Clément Leroy

Clément Leroy, dans l’entreprise Harmon à Arrou – Crédit : Clément Leroy

Tu décolles pour l’Australie pour participer aux mondiaux de cyclisme sur place dans quelques jours. Bien que tu passes ton temps à voyager, quel mode de vie préférerais-tu : ville ou campagne ?

Je suis un homme de la campagne ! Vivre à la campagne, c’est faire le choix de la sérénité, d’une paix nettement plus grande qu’en ville, où tu es en permanence stressé. Outre le fait de vivre à son rythme, la ruralité offre aussi un lien social, un esprit d’entraide : tu connais ton voisin et tu peux compter sur lui, ce qui n’est pas toujours évident dans les grandes agglomérations.

Le mot de la fin : quels sont tes projets pour l’avenir ?

J’ai plusieurs projets en tête… Idéalement, j’aimerais qu’un département, une région, tombe amoureux de mon initiative et me fasse confiance pour valoriser son territoire, son économie, son tourisme, mais aussi ses habitants et leur sympathie !

Alexis Sailly